Enquête de l'examen quinquennal du CERN : zoom sur les priorités des USERs
Les membres du personnel aux fins de collaboration et d'échanges scientifiques sont sans conteste au cœur de la réussite scientifique du CERN. 2 900 d'entre eux, désignés ici par simplicité sous le terme d’ « utilisateurs », ont été invités à donner leur point de vue sur leur situation financière, leurs conditions de travail et la reconnaissance dont ils bénéficient. Nous avons recueilli 361 réponses, soit un taux de participation de 12 %, et nous présentons dans cet article les préoccupations qu'ils ont le plus mises en avant.
Situation financière des utilisateurs
Les répondants sont des collaborateurs expérimentés et de longue date : plus de 64 % d'entre eux sont associés au CERN depuis plus de cinq ans. Malgré cet engagement, seuls 55 % font état d'une situation financière globalement positive, tandis que 19 % ne parviennent pas à couvrir leurs besoins essentiels.
Seuls 48 % des répondants perçoivent une allocation de coût de la vie (COLA) par l'intermédiaire du CERN ; les autres reçoivent une allocation de subsistance du CERN ou dépendent uniquement des versements directs de leur institut d'origine. Le CERN n'a donc aucun moyen d'évaluer si ce que perçoivent les utilisateurs suffit pour vivre dans la région genevoise. La COLA elle-même pose également un problème : 65 % des répondants estiment que la compensation actuelle est insuffisante pour attirer des talents au CERN, et ils ont systématiquement souligné un manque de transparence, une complexité administrative et un soutien institutionnel insuffisant en matière de fiscalité.
Problèmes liés à la protection sociale
Le « Handbook on key legal responsibilities of scientific institutions in respect of their personnel at CERN » (Guide des principales responsabilités juridiques des institutions scientifiques à l'égard de leur personnel au CERN ; le document disponible en anglais uniquement) 1 précise que l'institut d'origine d'un utilisateur doit veiller à ce que son employé bénéficie d'une couverture sociale et d'une assurance maladie adéquates, tant en Suisse qu'en France. Conformément à nos Statut et Règlement du personnel (SRP), la Déclaration de l'institut d'origine (HID), signée avant le début du contrat d'association de l'utilisateur, le confirme : « la couverture sociale du candidat relève de la responsabilité de l'institution d'origine ». Elle y ajoute toutefois une réserve, elle aussi issue des SRP : « si, pour quelque raison que ce soit, l'institution d'origine n'est pas en mesure de fournir une telle assurance maladie et accidents, celle-ci doit être obtenue par le candidat ».
Cette réserve protège juridiquement le CERN, mais dans la pratique, elle fait peser le coût de l'assurance (dans la région) sur la personne elle-même, sans garantir de compensation appropriée. L'enquête a mis en lumière que 54 % des répondants paient eux-mêmes leur régime d'assurance, et seuls 36 % de l'ensemble des répondants disposent d'une couverture incluant les conséquences des accidents et maladies professionnels. La situation en matière de retraite est elle aussi alarmante : seuls 33 % cotisent à un régime de pension. Est-ce ainsi que le CERN doit prendre soin des personnes dont le travail assure le succès et le prestige de l'Organisation ? L'Association du personnel estime que non. Un mécanisme devrait être mis en place pour garantir que tout surcoût d'assurance supporté dans la région par l'utilisateur soit intégralement compensé par son institut d'origine.
Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que 58 % des répondants considèrent que l'ensemble des conditions offertes par le CERN aux utilisateurs ne suffit pas à éviter le stress financier et à garantir un niveau de vie décent.
L'enquête a également mis en lumière une inégalité structurelle perçue entre les utilisateurs et les membres du personnel employés, un manque de reconnaissance, ainsi que l'absence de tout soutien systématique aux familles au sein de la communauté des utilisateurs. Nous reviendrons sur ces sujets dans de prochaines communications, car l'histoire des difficultés des utilisateurs doit être racontée haut et fort, et sans relâche.
Les rapports détaillés de cette enquête, en français, sont disponibles auprès du Secrétariat de l'Association du personnel ; des versions abrégées en anglais sont également disponibles. Nous élaborons actuellement des propositions pour répondre aux problèmes soulevés par l'enquête, que nous présenterons à la Direction. Nous vous tiendrons informés.